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Type de personnalitéCe que les profils changent dans une équipe

Lire les profils · révisé le · 12 min

Process communication Taibi Kahler

Un téléphone vert à disque rotatif posé sur une table
Un seul appareil, et autant de manières d’y répondre.

La Process Communication, parfois appelée communication processuelle, est un modèle qui décrit des types de personnalité et la manière dont chacun communique — avec une attention particulière portée à ce qui se passe dans cette communication lorsque la pression monte. Le modèle est attribué au psychologue américain Taibi Kahler. Il se distingue d’un questionnaire de préférences comme le MBTI par son objet même : plutôt que de décrire une façon stable de percevoir et de décider, la Process Communication s’intéresse d’abord à la manière de s’exprimer au quotidien, et surtout aux signes qui apparaissent chez une personne sous stress. Cette page présente ce que le modèle décrit, ce qui le distingue d’un outil de préférences, et ce qu’un manager peut raisonnablement en tirer dans son travail. Elle s’en tient volontairement aux éléments qui peuvent être présentés avec certitude : l’attribution à Taibi Kahler, le principe général du modèle, et son intérêt pour la communication sous pression plutôt que pour une liste détaillée de profils.

Ce que décrit le modèle de Process Communication

Le modèle part d’un principe assez simple : chaque personne a une manière de percevoir son environnement et de s’exprimer qui lui est propre, et qui reste relativement stable dans le temps. Cette manière de communiquer passe par un registre préféré — un choix de mots, un ton, une façon d’entrer en relation avec l’autre — qui, lorsqu’il est respecté par l’interlocuteur, facilite l’échange. À l’inverse, un message par ailleurs juste sur le fond, mais formulé dans un registre qui ne convient pas à la personne qui le reçoit, risque de ne pas être entendu, ou d’être perçu comme maladroit voire déplaisant, sans que le fond du message y soit pour grand-chose.

Le modèle s’inscrit dans la tradition de l’analyse transactionnelle, un courant de la psychologie qui étudie les échanges entre les personnes à travers les rôles qu’elles adoptent au cours d’une conversation. Kahler y ajoute une attention particulière portée à la personnalité de chacun, et à la façon dont elle se manifeste concrètement — dans les mots choisis, dans le ton employé, dans le comportement observable pendant un échange — plutôt que dans un contenu déclaré à froid, hors contexte, comme peut le faire un questionnaire de préférences rempli une seule fois.

Un professionnel formé à l’outil et un collaborateur qui a simplement lu une présentation du modèle n’en tirent pas le même usage. Ce que retient le plus souvent un lecteur non spécialiste, ce sont surtout deux idées de fond : d’abord, que la même information peut être reçue très différemment selon la façon dont elle est formulée ; ensuite, que le stress modifie la communication d’une personne de façon plus ou moins prévisible, et qu’il existe donc des signes à repérer avant qu’une tension ne s’installe durablement.

Prise très concrètement, cette idée change la façon d’aborder une remise en question au travail. Deux collaborateurs peuvent recevoir la même remarque sur un livrable et réagir très différemment selon leur registre habituel : l’un a besoin qu’on reconnaisse d’abord le travail accompli avant d’entendre ce qui doit changer, l’autre préfère qu’on aille directement au fait, sans détour, quitte à paraître un peu abrupt. Le contenu de la remarque peut être rigoureusement identique dans les deux cas ; c’est la forme qui détermine si elle sera entendue comme une aide ou comme une attaque.

Ce qui distingue la Process Communication d’un questionnaire de préférences comme le MBTI

Le MBTI et la Process Communication portent tous deux sur la personnalité, mais ils répondent à des questions différentes. Le MBTI décrit des préférences de fonctionnement psychologique — la manière dont une personne perçoit l’information et prend ses décisions — à partir d’un questionnaire déclaratif rempli une fois, dans un contexte neutre. Le résultat vise une photographie relativement stable, en principe indépendante du contexte immédiat dans lequel la personne se trouve au moment de répondre.

La Process Communication regarde autre chose : la manière dont une personnalité s’exprime concrètement, dans le choix des mots, dans le ton et le rythme de la communication, et surtout ce qui se passe lorsque la pression augmente. C’est là son apport le plus spécifique : plutôt que de décrire une préférence générale valable en toute circonstance, elle s’intéresse à un moment précis — celui où le stress commence à perturber une communication qui, en temps normal, se déroulait sans accroc. Un manager qui connaît uniquement le type MBTI d’un collaborateur sait comment celui-ci a tendance à raisonner et à prendre ses décisions ; un manager qui s’appuie sur la Process Communication cherche plutôt à repérer, dans le ton ou dans les mots employés à un instant donné, les premiers signes qu’un échange est en train de se tendre — avant qu’il ne devienne un véritable désaccord.

D’autres modèles occupent un terrain voisin sans se confondre avec la Process Communication. La méthode DISC, par exemple, s’intéresse davantage aux styles de comportement observables dans un contexte donné qu’à la dynamique propre du stress. Les trois modèles — MBTI, DISC et Process Communication — répondent chacun à une question différente sur la personnalité au travail, et aucun ne remplace vraiment les deux autres.

Cette différence de focale explique aussi pourquoi il est délicat de résumer la Process Communication à une simple liste de profils, comme on le fait souvent pour le MBTI et ses seize types, ou pour les quatre lettres du DISC. Le modèle de Kahler s’intéresse à un comportement en mouvement — celui d’une même personne selon qu’elle est détendue ou sous tension — plutôt qu’à une catégorie fixe dans laquelle elle serait rangée une fois pour toutes. Une présentation qui se contenterait d’énumérer des étiquettes de personnalité, sans rappeler cette dimension dynamique, manquerait l’essentiel de ce que le modèle cherche à expliquer.

Le comportement sous stress : l’apport propre du modèle

Le point le plus spécifique de la Process Communication est l’idée que chaque personnalité a une façon caractéristique de réagir lorsque le stress s’installe, et que cette réaction suit un déroulement plus ou moins reconnaissable : un premier niveau de tension, souvent discret, qui se traduit par un changement de ton ou d’attitude plutôt que par un mot précis ; puis, si rien ne change dans l’échange, une intensification qui peut aller jusqu’à un blocage ou un désaccord ouvert. Le modèle avance qu’il est possible d’apprendre à reconnaître ces signaux avant-coureurs, propres à chaque personnalité, pour intervenir plus tôt — avant que la communication ne se dégrade davantage et que la discussion ne devienne plus difficile à rattraper.

Cette idée constitue l’apport le plus original du modèle : là où beaucoup d’outils de personnalité s’arrêtent à une description du fonctionnement habituel d’une personne, la Process Communication propose une grille de lecture pour ce qui se passe précisément quand ce fonctionnement habituel est perturbé par la pression. C’est aussi le point le plus délicat à manier sans formation : reconnaître un signal de tension chez un collègue demande de l’observation, de la pratique, et une certaine connaissance de la personne concernée. Une lecture rapide du modèle donne des repères généraux utiles, mais un praticien formé à la méthode reste mieux placé pour interpréter ces signaux avec justesse, notamment lorsque la situation est déjà tendue.

L’intérêt pratique de repérer un signal tôt, plutôt que d’attendre l’ouverture d’un conflit, tient à ce qui se joue entre les deux moments. Un premier signe de tension se corrige souvent en quelques minutes, par une question ou un ajustement de ton ; une fois le désaccord installé et exprimé avec dureté, il faut généralement bien plus de temps pour rétablir une relation de travail sereine, et certaines phrases prononcées sous le coup de l’agacement laissent une trace qui dépasse le motif initial du différend. C’est cette différence de coût, entre une tension repérée tôt et un conflit ouvert, qui donne tout son sens à l’attention portée aux signaux faibles.

Cette lecture individuelle se complique quand plusieurs personnes d’une même équipe sont sous pression en même temps, par exemple à l’approche d’une échéance commune. Les signaux de chacun s’additionnent et peuvent se répondre les uns aux autres : la sécheresse de l’un renforce l’inquiétude de l’autre, qui devient à son tour plus cassant. Dans ce genre de moment, revenir consciemment à un registre posé, plutôt que de répondre à la tension par de la tension, demande un effort particulier — mais c’est aussi le moment où cet effort a le plus de valeur pour éviter qu’une charge de travail ponctuelle ne se transforme en dégradation durable des relations de travail.

Ce qu’un manager peut en tirer

Sans devenir un spécialiste du modèle, un manager peut retenir plusieurs principes utiles de la Process Communication dans son travail quotidien.

Le premier est d’ajuster sa manière de s’adresser à un collaborateur au registre qui lui parle le mieux, plutôt que d’employer systématiquement le même ton avec toute une équipe. Certains collaborateurs ont besoin de faits, de chiffres et de précision avant d’adhérer à une demande ; d’autres ont davantage besoin d’un peu de reconnaissance et de chaleur dans la façon dont la demande est formulée, avant d’en entendre le contenu.

Le second est de porter attention aux premiers signes qu’une personne est sous tension, avant que la situation ne se durcisse. Un changement de ton, un silence inhabituel dans une réunion où cette personne intervient d’ordinaire, une irritation qui paraît disproportionnée par rapport à ce qui vient d’être dit, sont souvent des indices plus fiables que le contenu même de ce qui est exprimé à voix haute. Un manager qui repère ce genre de signal suffisamment tôt peut adapter la façon de formuler une remarque, ou choisir un autre moment pour une conversation délicate, plutôt que d’insister dans un registre qui envenime la situation sans le vouloir.

Le troisième est de garder à l’esprit que ce type de modèle décrit des tendances, pas des cases figées. Un collaborateur peut réagir différemment selon le contexte, selon la personne qui se trouve en face de lui, ou selon la charge de travail du moment. S’appuyer sur une seule observation ponctuelle pour enfermer quelqu’un dans une étiquette définitive va à l’encontre de l’esprit même de la méthode, qui vise à mieux comprendre une personne, pas à la classer une fois pour toutes.

Le quatrième point utile concerne les entretiens de retour sur le travail, qu’il s’agisse d’un point d’étape informel ou d’un entretien plus formel. Formuler un retour dans un registre qui ne convient pas à la personne qui le reçoit — trop direct pour l’un, trop enveloppé pour l’autre — peut faire perdre l’essentiel du message, quelle que soit la justesse du contenu. Préparer ce type d’échange en pensant non seulement à ce qu’il faut dire, mais aussi à la manière dont la personne en face reçoit habituellement une remarque, augmente les chances que le message soit réellement entendu plutôt que simplement prononcé.

Ce principe ne se limite pas à l’oral. Un message écrit — un courriel, une remarque laissée sur un document partagé — peut paraître sec ou distant à une personne qui aurait eu besoin d’une phrase de contexte, alors que la même remarque, dite de vive voix avec un ton posé, serait passée sans difficulté. L’absence de ton et d’expression du visage, propre à l’écrit, tend à amplifier plutôt qu’à atténuer un registre mal ajusté ; c’est une raison suffisante pour relire un message un peu sensible avant de l’envoyer, en se demandant comment la personne qui le recevra est susceptible de le lire.

Repérer ces signaux relève aussi, plus largement, de ce que recouvre l’intelligence émotionnelle en entreprise : la capacité à remarquer ce qui se joue chez une personne au-delà du contenu explicite de ses propos, et à ajuster sa propre réaction en conséquence.

Les limites à connaître

Comme tout modèle de personnalité utilisé en entreprise, la Process Communication demande de la mesure dans son usage. Un manager qui l’utilise sans formation dédiée risque de sur-interpréter un comportement isolé, ou de coller une étiquette à un collègue à partir d’une seule observation — ce qui est précisément ce que le modèle cherche à éviter en insistant sur le caractère évolutif et contextuel des réactions. La restitution d’un profil, quand elle existe, gagne à être accompagnée par un praticien formé, de la même façon qu’un profil DISC ou un résultat MBTI prend davantage de sens avec un temps d’échange qu’affiché seul sur un rapport.

Il faut aussi rappeler qu’aucun modèle de ce type ne remplace un accompagnement professionnel quand une situation de travail devient réellement difficile pour une personne. La Process Communication peut aider à mieux communiquer et à désamorcer certains malentendus liés à la forme plutôt qu’au fond ; elle ne traite pas une souffrance au travail installée, ni un conflit dont la cause est ailleurs — dans l’organisation du travail, dans une charge excessive, ou dans un désaccord de fond sur les objectifs. Composer avec des personnalités différentes au sein d’une équipe déborde d’ailleurs largement le seul cadre de ce modèle, comme le montre la page consacrée à la gestion des différentes personnalités dans une équipe.

Comme pour tout outil qui touche à la personnalité au travail, la participation à une démarche fondée sur ce modèle gagne à rester volontaire, et le résultat d’un éventuel profil à demeurer la propriété de la personne concernée plutôt qu’un élément versé sans son accord à son dossier professionnel. Un usage imposé, ou détourné pour justifier une décision déjà prise à l’égard d’un collaborateur, dénature l’outil et use la confiance qu’une équipe peut lui accorder.

FAQ

Qu’est-ce que la Process Communication de Taibi Kahler ?

La Process Communication est un modèle qui décrit des types de personnalité et la manière dont chacun communique, avec une attention particulière portée aux signes qui apparaissent chez une personne lorsqu’elle est sous stress. Le modèle est attribué au psychologue américain Taibi Kahler.

En quoi diffère-t-elle d’un questionnaire de préférences comme le MBTI ?

Le MBTI décrit des préférences de perception et de décision relativement stables, mesurées par un questionnaire rempli à froid, hors contexte. La Process Communication s’intéresse davantage à la manière de s’exprimer au quotidien et à ce qui se passe dans la communication d’une personne lorsque la tension monte.

Comment peut-elle aider à gérer un désaccord ?

En invitant à repérer, chez soi comme chez l’autre, les premiers signes qu’un échange devient tendu, avant qu’il ne se transforme en désaccord ouvert. Adapter son propre registre de communication à ce moment précis facilite souvent la suite de la conversation.

Faut-il une formation pour l’utiliser ?

Des formations existent pour apprendre à se servir de cette méthode, généralement dispensées par des praticiens formés à l’outil. Une bonne compréhension des grands principes reste utile au quotidien, mais l’interprétation fine d’un profil ou d’un signal de stress gagne à rester entre les mains d’un professionnel formé.

Quelle est la place de ce modèle dans la vie professionnelle ?

Utilisée avec mesure, la Process Communication peut aider à mieux ajuster sa communication selon les personnes et à limiter certaines tensions liées à une différence de forme plutôt que de fond. Comme tout modèle de personnalité, elle ne remplace ni le dialogue direct entre collègues, ni un accompagnement professionnel lorsqu’une situation de travail est réellement difficile.

Ce modèle sert-il à évaluer un candidat au recrutement ?

Ce n’est pas son objet. La Process Communication vise à améliorer la communication au sein d’une équipe déjà constituée et à repérer des signaux de tension, pas à évaluer une compétence ou une aptitude pour un poste. L’utiliser comme filtre de sélection reviendrait à détourner un outil de communication vers un usage pour lequel il n’a pas été pensé.

Le modèle explique-t-il pourquoi deux collègues ne s’entendent jamais ?

Il peut donner un élément de compréhension, notamment si les deux personnes ont des registres de communication très éloignés et que chacune interprète mal les signaux de l’autre. Il n’explique pas, en revanche, un désaccord qui porte sur le fond — des objectifs différents, une répartition du travail jugée injuste — pour lequel la communication n’est pas la cause première du problème.